Tous les articles

Application kanji ou WaniKani : laquelle choisir

WaniKani est le bon choix si tu veux un chemin unique et balisé, de zéro à environ 2 000 kanji, et que tu acceptes d'avancer au rythme imposé par son planificateur. Une appli kanji généraliste est meilleure si tu as besoin de choisir l'ordre, de travailler l'écriture à la main, ou de réviser exactement les caractères que tu as sous les yeux cette semaine. La différence ne porte pas sur la qualité. Elle porte sur une seule question : qui décide de ta liste de kanji, l'appli ou toi ?

Ce que fait vraiment WaniKani

WaniKani, développé par Tofugu, enseigne les kanji dans un ordre strict. Tu apprends d'abord les radicaux, puis les kanji construits à partir de ces radicaux, puis le vocabulaire construit à partir de ces kanji. Chaque élément arrive avec un moyen mnémotechnique rédigé, et les révisions reviennent selon un calendrier de répétition espacée qui s'étire à mesure que tu réponds juste. Tu tapes les lectures en kana et les sens en anglais, donc le rappel est actif : ce n'est pas un « je retourne la carte et je décide que je savais ».

C'est ce rappel actif qui a le meilleur appui expérimental. Dans les expériences de Roediger et Karpicke en 2006, les étudiants qui passaient leur temps de travail à s'auto-tester retenaient nettement plus une semaine plus tard que ceux qui relisaient le même document, alors même que la relecture donnait sur le moment une impression de meilleur rendement. La revue de Dunlosky et ses collègues, en 2013, a comparé dix techniques d'apprentissage et a donné ses deux meilleures notes d'utilité au test de rappel et à la pratique distribuée. WaniKani, c'est essentiellement ces deux résultats transformés en produit, avec un programme figé par-dessus.

Deux détails de structure comptent dès que tu le compares à autre chose :

  • Les niveaux sont verrouillés. Tu ne peux pas foncer. Il faut que la plupart des kanji d'un niveau atteignent un certain stade SRS pour que le suivant s'ouvre, ce qui plafonne ta vitesse à environ une semaine par niveau, même si tu as du temps devant toi.
  • Le contenu est fermé. Tu peux ajouter tes propres synonymes et des notes personnelles sur un élément, mais tu ne peux pas ajouter un kanji que WaniKani n'enseigne pas, ni réorganiser ceux qu'il enseigne. L'API publique permet en revanche à des applis tierces comme Tsurukame ou Flaming Durtles de poser une autre interface sur la même file de révisions.

Les trois premiers niveaux sont gratuits, ce qui suffit à savoir si les mnémotechniques fonctionnent sur ton cerveau. Après, c'est un abonnement, au mois, à l'année ou à vie.

Ce qu'on appelle « appli kanji »

« Appli kanji » est une catégorie, pas un concurrent, et elle se découpe en quatre choses assez différentes :

  • Les applis centrées sur l'écriture. Skritter et Ringotan te font écrire à l'écran et corrigent l'ordre des traits. Ringotan est gratuite et peut suivre plusieurs ordres, dont l'ordre scolaire japonais et celui de WaniKani. Skritter fonctionne par abonnement et propose des decks alignés sur des manuels comme Genki et Tobira.
  • Dictionnaire plus entraînement. Kanji Study, sur Android, est le cas le plus connu : un dictionnaire de kanji consultable avec des filtres par niveau JLPT, par année scolaire et par fréquence, plus des listes personnalisées et de l'entraînement à l'écriture. Les fonctions de base sont gratuites, le reste s'ouvre avec un achat unique. C'est Android uniquement.
  • Un SRS générique que tu remplis toi-même. Anki, avec un deck de kanji partagé ou des cartes que tu fabriques. Souplesse totale, gratuit sauf sur iOS, et il ne fait strictement rien tant que tu n'as pas fait le travail de préparation.
  • Les outils de mining. jpdb.io et les sites du même genre construisent des decks à partir de ce que tu lis ou regardes vraiment, donc ta liste de kanji devient un sous-produit de ce que tu consommes.

Comparaison côte à côte

WaniKani Applis d'écriture (Skritter, Ringotan) Kanji Study / Anki / deck maison
Qui choisit l'ordre L'appli Toi, parmi des ordres prédéfinis Toi, élément par élément
Apprend à écrire Non Oui, trait par trait avec correction Kanji Study oui, Anki seulement si tu le construis
Vocabulaire en contexte Oui, des milliers de mots Limité Dépend du deck
Mnémotechniques fournies Oui, pour chaque élément Parfois À toi de les écrire
Colle au programme d'un cours Non En partie, via les decks de manuels Oui, si tu le construis
Effort de mise en place Aucun Faible Moyen à élevé
Modèle tarifaire Gratuit jusqu'au niveau 3, puis abonnement Gratuit (Ringotan) ou abonnement (Skritter) Gratuit ou achat unique

À qui convient chaque outil

  1. Tu apprends seul, tu pars de presque zéro, tu n'as pas d'échéance. WaniKani. L'ordre imposé supprime toute décision quotidienne sur quoi réviser, et c'est justement la fatigue décisionnelle qui tue les routines en autodidacte.
  2. Tu suis un cours qui a sa propre liste de kanji. Pas WaniKani, en tout cas pas comme outil principal. En LV3 japonais, en licence LLCER ou en cours du soir, son ordre ne collera pas au programme, et tu réviseras les kanji du niveau 8 pendant que ton contrôle porte sur le chapitre 12.
  3. Tu dois écrire à la main, pour ton cours ou pour toi. Une appli d'écriture, en complément de tout le reste. WaniKani ne t'apprendra pas à produire un caractère de mémoire.
  4. Tu lis déjà des documents authentiques. Un outil de mining ou ton propre deck Anki. Apprendre le kanji sur lequel tu viens de buter dans un manga vaut mieux qu'apprendre celui qui se trouve être le prochain dans une file. Si tu pars dans cette direction, notre guide pour faire des flashcards à partir de ses notes couvre la mécanique.
  5. Tu apprends le japonais en entier, pas seulement les kanji. Aucune appli de kanji n'est un plan complet. Notre méthode en six étapes pour apprendre le japonais avec une appli remet les kanji à leur place, à côté de la grammaire et de la compréhension orale.

Si ta liste de kanji vient d'une photocopie de prof ou d'une page de manuel, la réponse honnête est qu'aucune appli à contenu figé ne possède cette liste. C'est le cas où tu veux quelque chose qui parte de ton propre matériel : Qora transforme la photo d'une page en une courte leçon et en questions générées à partir de ce qui est réellement dessus, la reconnaissance de texte se faisant sur ton téléphone. Ce n'est pas un entraîneur à l'ordre des traits et ça ne remplace pas une file SRS tenue sur la durée. Prends-le donc comme l'outil de ton matériel de cours, et garde un système à part pour la marche vers les 2 000 kanji.

Où chacune coince

Le principal point de rupture de WaniKani n'est pas la difficulté, c'est le retour de vacances. Tu coupes deux semaines et tu retrouves plusieurs centaines de révisions en attente, et l'issue honnête, pour beaucoup de gens, c'est l'abandon plutôt que le rattrapage. Le verrouillage des niveaux coupe aussi dans les deux sens : il te protège de la surcharge, et il exaspère quiconque a une vraie échéance. Enfin, comme les révisions sont de la reconnaissance tapée au clavier, il est tout à fait possible de finir le niveau 30 sans savoir écrire un seul kanji à la main.

Les outils que tu construis toi-même échouent autrement. La revue de Dunlosky place le test de rappel très haut, mais un deck que tu ne finis jamais de construire ne teste rien du tout. La souplesse qui fait la force d'Anki et de Kanji Study veut aussi dire que le travail de sélection, de mise en ordre et de rédaction des mnémotechniques retombe sur toi, en plus des révisions. Les applis d'écriture sont étroites par construction : fortes en production, faibles en vocabulaire et en lecture. Et les outils de mining supposent que tu lis déjà assez pour avoir quelque chose à miner.

Questions fréquentes

WaniKani vaut-il le coup si je connais déjà des kanji ?

Ça dépend combien. Les premiers niveaux seront de la révision et tu peux les traverser vite, mais le verrouillage t'empêche de sauter directement à ton niveau réel. Si tu connais déjà quelques centaines de kanji, c'est généralement ce début laborieux qui fait décrocher, et un deck maison qui démarre là où tu en es sera plus efficace.

Puis-je utiliser WaniKani et une autre appli kanji en même temps ?

Oui, et l'associer à une appli d'écriture est une combinaison courante, puisqu'elle comble le manque le plus net de WaniKani. Évite en revanche de faire tourner deux files SRS distinctes sur les mêmes caractères dans des ordres différents : tu doubles tes révisions quotidiennes sans doubler ce que tu apprends.

WaniKani apprend-il à écrire les kanji à la main ?

Non. Il enseigne la reconnaissance et la lecture. Tu tapes tes réponses au lieu de les tracer, donc la production de mémoire n'est jamais testée. Si l'écriture compte pour ton cours ou pour ton objectif, il te faut un second outil.

Combien de temps faut-il pour finir WaniKani ?

La structure en niveaux plafonne le rythme le plus rapide réaliste autour d'un an pour les 60 niveaux, et cela suppose de vider ses révisions plusieurs fois par jour sans jamais sauter une session. Deux ans est un chiffre bien plus courant dans la vraie vie, et les gens qui révisent une fois par jour mettent encore plus longtemps.

La question derrière « application kanji ou WaniKani » est en réalité une question de propriété sur ta liste de kanji. Si tu n'as ni liste ni échéance, prends celle de WaniKani et épargne-toi la planification. Si ta liste est déjà décidée, par un cours, un manuel ou ce que tu lis en ce moment, une appli à ordre figé te résistera du début à la fin. Commence par écrire noir sur blanc d'où viennent tes cinquante prochains kanji. Cette seule réponse choisit ton outil.